Rosette
COSSON était d’humeur égale. Jamais d’écart de voix, jamais de grands éclats de rire. Elle ne parlait jamais
pour ne rien dire. Ses gestes étaient d’une grande sobriété. Rosette incarnait le type parfait de la fille sérieuse. Dans la classe, elle n’avait d’égal que notre traqueuse en
titre, Josette ANDRE.
Rosette avait le devoir de réussir plus qu’une autre, car son père était enseignant à l’Ecole PASTEUR. Responsabilité bien lourde pour une
fillette de douze ans ! Et quel père, un vrai personnage, haut en couleur ! JOJO, comme le surnommaient ses élèves. Avec ses
culottes de cheval et ses gitanes papier maïs, il était l’instit d’une génération révolue. Ses coups de gueule résonnent encore sous les préaux et le bruit de ses pas hante toujours sa classe à
l’entrée de l’école. Aucun de ses élèves ne l’a oublié. Il restera pour longtemps gravé dans leurs mémoires.
Pauvre Rosette, comment ne pas être étouffée par un tel PAPA et ne pas être stressée par le devoir de réussir ? Ton visage avait du mal à dissimuler tes
inquiétudes et ce n’était pas tes frêles épaules et tes douze tendres années qui pouvaient te venir en aide pour gérer ton quotidien.
M. BOURGON avait beaucoup de respect pour toi. Lorsqu’il t’interpellait pour te poser une question, c’était toujours avec un sourire avenant. Il
t’appelait alors «Rosette», d’une voix douce, comme s’il voulait te rassurer et te protéger.
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Nadine CORNET
Nadine affichait
en permanence un regard malicieux et un sourire coquin aux coins de ses lèvres.
Sa voix était franche et directe, seul M. MORIZET avait le pouvoir de faire fondre son sourire. A la fin d’un cours de maths, alors que ce dernier venait tout
juste de quitter la classe après nous avoir surchargé de travail (exercices, plus exercice supplémentaire facultatif),
Nadine s’exclame : « Avec tout ça, on n’est pas sorti de l’auberge!». Le lendemain
matin, alors que M.MORIZET nous surchargeait à nouveau de devoirs, il ajouta d’un ton malicieux : « Et tout cela pour que
notre jeune amie
Nadine Cornet puisse dire à tous ses petits camarades - Avec tout ça, on n’est pas sorti de l’auberge! ». Vif émoi
de Nadine qui depuis, réserva ses états d’âme, à un auditoire moins étendu.
Elle était une grande élève fort sympathique et très bonne camarade.
Raymonde TAILLAT
Raymonde ne comprenait rien à la géométrie et à l'algèbre. En quatre années, elle n'aura retenu que quelques définitions
bucoliques.
- qu'une figure à quatre côtés est un quadrupède quelconque.
- que deux droites concourantes sont deux droites qui se coupent assez loin.
- que Pythagore était un illuminé d'un autre âge qui prétendait que dans un triangle rectangle, la somme des deux
côtés adjacents à l'angle droit était égale à la somme des trois côtés, moins l' apothéose.
Avec ce solide bagage en poche et des notions certaines pour les autres matières, notre Raymonde se présente au BEPC. Elle échoue aux écrits mais fut cependant rattrapée à l'oral, saisie par
l’apparition providentielle d'un M.MORIZET luminescent qui lui soufflait les réponses à l'oreille.
Il fallait la voir, la Raymonde, à la course ! Elle courait très vite. Tête penchée sur le côté, dents serrées et cisaillant l'air des ses coudes, elle
donnait le meilleur d'elle même pour gagner quelques centimètres sur le garçon qui était loin devant... (Il me semble avoir oublié de préciser un détail, mais qu'importe, continuons.)
Ne m'en veut pas Raymonde, tu étais une bien bonne camarade. J'ai exagéré bien sûr. Tous les élèves de la classe ne pouvaient être que bons, avec
M. MORIZET. Avoir un 10/20, ce qui était ton cas, n'était pas si mal. Aujourd'hui beaucoup d'élèves espèreraient avoir une telle moyenne en
maths.
Te souviens-tu de la "METHODE MORIZET" pour ancrer les théorèmes dans nos petites têtes? Il regardait
un élève et commençait l’énoncé. De son index blanchi de craie, il braquait le pavillon de son oreille dans sa direction et disait : "Qui
dit que ?" et l’élève interrogé récitait la suite du théorème.
Il appliquait la méthode COUET et cela fonctionnait très bien. Rares étaient les fois où l'élève butait sur la suite
de l'énoncé et si tel était le cas, il le lui faisait copier dix ou vingt fois pour le lendemain matin.
Te souviens tu également de la manie de M. MORIZET ? Il
caressait sans cesse la boutonnière de sa blouse grise avec ses doigts pleins de craie. Plus les jours de la semaine passaient et plus la boutonnière était blanche. C'était en quelque
sorte un repère visuel pour évaluer le jour de la semaine. Gris – LUNDI . Tout Blanc - SAMEDI.
Maryse TARNIER était une camarade très timide. Interrogée, elle répondait d’une voix si faible que personne ne pouvait l’entendre. Ses hésitations et
l’angoisse de donner une mauvaise réponse lui déclenchaient une cascade de grimaces et de rictus qui venaient altérer son gentil visage. Pour en finir, elle s’enfonçait la tête dans ses
épaules et piquait du nez sur la table pour se soustraire du «Puissant Regard» de Mlle LACOUME et des «Mille Yeux» de ses camarades.
Combien de fois Mlle LACOUME s’est approchée d’elle en lui disant :
«Plus fort, Maryse, je ne t’entends pas et comment veux tu que Nadine CORNET, à l’autre bout de la classe, t’entende ? Et retire à la fin, cette main de devant ta
bouche ! » Et elle, à grand-peine, corrigeait son attitude. Mais le naturel revenait au grand galop et dans le quart d’heure qui suivait, elle avait tout oublié des recommandations de
Mlle LACOUME.
Maryse avait un grand manque d’assurance. Elle
redoutait de passer au tableau noir pour réciter ses leçons. Elle n’avait pourtant rien à craindre, nos deux souffleuses attitrées, Danielle
MENARD et Brigitte LECLERC, étaient là, en première ligne, pour lui souffler son texte à la moindre défaillance. Peut-être
même que Mlle LACOUME, privé de son livre, aura utilisé leur service ? Car il fallait les voir, toutes les deux, la
Danielle et la Brigitte ! Elles jouaient des mandibules à s’en faire péter les mâchoires et si l’élève ne
devinait pas les mots sur leurs lèvres, elles articulaient outre mesure, dodelinant leur tête avec insistance et redoublant de grimaces. Dans leur acharnement, elles lâchaient parfois une syllabe
que Nadine CORNET, à l’autre extrémité de la classe, entendait. Quant à Monique BIKIALO, elle n’aurait de toute façon rien entendu car, bavarde comme une pie, elle parlait encore avec son KIKI.
Lorsque Mlle LACOUME posait une question à toute la classe, elle n’osait pas
répondre mais soufflait discrètement la réponse à l’oreille de sa voisine. La maîtresse lui disait alors :
«Allez, Maryse, si tu sais, dit-le à tous tes
camarades !»
Et les mots, après maintes hésitations et rictus divers, lui sortaient de la bouche. Beaucoup d’autres se seraient jetés à
l’eau, à commencer par Alain DEDOURS et Joël LAURY et tant pis si la réponse était
fausse, l’important était, avant tout, de participer.
Pendant les séances de gymnastique, elle se cachait toujours derrière une camarade pour que les garçons ne puissent pas voir ses
gambettes. Il était pourtant beau son short bouffant bleu marine avec ses élastiques aux jambières !
Rassure toi, Maryse, tu n’étais pas la seule à avoir la frousse
dans la classe, on était nombreux, à commencer par moi et si je ne les cite pas, ils se reconnaîtront.
était une brave fille énergique et décidée. Sa voie franche se situait dans les aigus. Elle avait des lacunes en
mathématiques, ce qui faisait d'elle, la bête noire de M. MORIZET.